C’est l’histoire tragique de Jim GORDON, un grand batteur de
rock. Sa discographie est un véritable Who’s Who du rock ‘n roll,
tant il était demandé comme batteur de studio ou pour des tournées. Cela
fait près de 30 ans qu’il ne s’est pas produit sur scène... et pour cause. Depuis 1984 il
est détenu pour le meurtre de sa mère.
Jim Gordon, un batteur de génie
Mais, revenons en arrière. James Beck Gordon, dit Jim Gordon
est né en 1945. Il passe sa jeunesse à Sherman Oaks, une banlieue agréable dans
la vallée de San Fernando en Californie. Sa mère était infirmière, son père
comptable. Dès son plus jeune âge, il s’intéresse à la musique et joue de la
batterie, d’abord sur des poubelles. C’est un enfant
brillant et il suit une scolarité normale jusqu’en 1963. Avec son premier
groupe Frankie Knight and
The Jesters il joue dans les clubs d’Hollywood. Il triche sur son âge et
commence sa vraie carrière de musicien en assurant la section rythmique pour
les Everly Brothers. Nous sommes en 1963, il n’a pas encore 18 ans !
« On sentait que c’était bien plus qu’un batteur
run-of-the-mill, a déclaré Don
Everly Cravens qui l’a connu à ses débuts, Il y avait beaucoup de talent
chez lui. Et il était jeune, doux, aimable »
C’est le batteur Hal Blane, au courant des années 60, qui a
recommandé Jim Gordon aux producteurs quand lui-même ne pouvait pas assurer une
session.
Jim Gordon devient vite l’un des requins de studio les plus
demandés de la côte ouest. Les contrats s’enchaîneront pendant toute sa
carrière et il tiendra la batterie derrière des artistes aussi différents que
Joan Baez, Les Beach Boys, the Byrds, The Carpenters, Gene Clark, Judy Collins,
Alice Cooper, Donovan, Art Garefunkel, George Harrison, John Lee Hooker, B.B.
King, John Lennon, Manhattan Transfer, Linda Ronstadt, Barbra Streisand, John
Travolta ou Gene Vincent, Joe Cocker, Franck Zappa ou Traffic. Réputé très
fiable, Jim Gordon était le batteur de studio le mieux payé de la place.
En 1969-1970, Jim Gordon part en tournée avec le groupe
Delaney & Bonnie dans lequel jouait Eric Clapton. Tout naturellement, il
rejoint Clapton lorsque celui-ci fonde la groupe Derek & The Dominos. Jim
Gordon est le compositeur de la partie de piano de Layla.
En 1971, Jim
Gordon participe à la tournée de Joe Cocker Mad dogs and Englishmen. En 1972, il part en tournée avec Frank
Zappa (qui l’avait surnommé Skippy, parce que c’était un garçon comme tous les
Américains) comme membre du Grand Wazoo (une formation de 20 membres), puis du
Petit Wazzo (une formation de 10 membres)
La descente aux enfers
Au courant des années 70, la trentaine passée, Jim Gordon commence à entendre des
voix… Ou plutôt une voix… Celle de sa mère qui lui demande de se priver de
nourriture, de ne plus dormir et même d’arrêter de jouer de la batterie. Ca le
met dans des rages folles parce qu'il lui désobéit et qu’il recommence à manger après plusieurs jours.
L’usage de stupéfiants, dont les trop célèbres speedballs
(un cocktail injecté de cocaïne et d’héroïne) qui était monnaie courante, en particulier lors
de la tournée avec le groupe de Joe Cocker n’ont pas pu arranger sa santé mentale et son état physique.
Il commence à montrer des troubles du comportement. D’après
Walker, un des musiciens du groupe, « il arrêtait de jouer en plein milieu
des sessions et disait aux autres musiciens qu’ils étaient le diable ». Toujours d’après Walker, il a aussi frappé Rita Coolidge, la chanteuse du groupe et sa
petite amie du moment. Celle-ci aurait dit aux autres membres du groupe « Il
n’y avait rien dans son caractère qui laisse supposer qu’il puisse faire une
chose comme ça. »
Jim Gordon n’a pas les mêmes souvenirs de cette période
sexe, drogue et rock n’roll. « Nous avons passé quelques bonnes soirées
lors de cette tournée. Mais, c’est dur de faire la fête tout le temps. Je
sortais avec Rita Coolidge et nous sommes restés à l’écart de toutes ces
parties. »
C’est le début de la descente aux enfers pour Jim Gordon. Il
prétendait que la voix avait pris le contrôle de ses mains et qu’elle
embrouillait son sens du rythme.
Peu à peu, ces histoires de voix (et ses piètres prestations) vont lui
faire perdre sa réputation. Le coup de grâce viendra lors d’un concert de Paul
Anka à Las Vegas. Après seulement quelques mesures dans le premier morceau, Jim
Gordon a quitté la scène, incapable de jouer.
C’est la fin de sa carrière de musicien et le début d’une
douzaine de séjours à l’hôpital, avant de basculer dans la folie meurtrière. Les médecins pensent que c’est une
consommation excessive d’alcool qui provoque ces délires et ils ne soignent que
ce qui est, à leurs yeux, les effets secondaires d’un delirium tremens. Triste
erreur de diagonstic.
L’état mental de Jim Gordon s’aggrave et le 3 juin 1983, il
assomme sa mère, âgée de 71 ans,
avec un marteau et la tue avec un couteau de boucher (les coups mortels
seront portés avec le couteau, contrairement à ce que prétendait ici-même un
contributeur qui, manifestement, n’a pas étudié sérieusement l’affaire)
Ce n’est que l’année suivante, lors de son procès, que les
experts diagnostiqueront une schizophrénie paranoïde aigüe. Son avocat ne
pouvant plaider l’irresponsabilité en raison d’une modification de la loi
californienne, Jim Gordon est condamné à la prison à perpétuité, avec une peine
de sûreté de 16 ans.
La prison
Depuis 1984, il est détenu dans divers centre de détention
spécialisés en raison de son état mental.
En 1994, un article de Martin Booe dans The Inquirer revient
sur cette triste histoire. Martin Booe est l’une des rares personnes extérieures
à la prison qui a rencontré Jim Gordon depuis sa condamnation.
Le détenu matricule C89262 dans le centre de San Luis Obispo, vêtu de la combinaison bleu clair des détenus,
n’a pas reçu de visite depuis deux
ans, trois ans, cinq ans… il ne se souvient pas…Le temps coule à une autre
vitesse en prison. Tout ce dont il est certain c’est qu’il n’a pas eu plus
d’une demi-douzaine de visites en 11 ans d’incarcération.
Ca lui fait plaisir que quelqu’un se souvienne de lui !
Gordon n’a toujours pas conscience de ce qu’il a fait
« Quand je me souviens du crime, c’est comme dans un rêve. Je peux me
souvenir et passer à travers ce qui c’est passé dans ce lieu et à ce moment (…)
ça ne me semble pas réel. »
S’il reconnaît que c’est son crime, il continue à considérer
que le crime est arrivé parce qu’il n’a fait qu’obéir qu’aux voix. « Quand
le crime est arrivé, tout le monde m’a tourné le dos. A vous dire vrai, je ne
les en blâme pas. J’étais sur la voie de l’auto-destruction et aucun musicien
de studio ou artiste respectable ne voulait plus avoir de relation avec moi….
Parce que c’était une situation désespérée. »
Selon les rapports de police, quand ils l’ont trouvé, il
craignait que la personne qui avait tué sa mère puisse s’en prendre aussi à
lui. Puis, dans la voiture de
police, il sanglotait «Je suis désolé, je suis désolé, mais elle m’a
torturé pendant des années. »
Un journaliste prétend qu’il a eu en main une lettre, datée
de 1969, dans laquelle le père de
Jim Gordon demandait à son fils de consulter un psychiatre. Cependant, cette
lettre ne faisait pas référence à des voix.
Dans une lettre à un ami, Jim Gordon écrit « Tu sais,
j’ai entendu une nouvelle version de Layla à la radio et j’ai été vraiment
surpris. Puis, j’ai appris que la chanson était sélectionnée pour un Grammy, là ça m’a vraiment très
surpris. »
Quand Jim Gordon parle de ce Grammy avec Martin Booe, c’est
comme s’il parlait de quelqu’un d’autre, quelqu’un qu’il aurait connu il y a
très longtemps.
Bien qu’invité par les organisateurs, Jim Gordon n’a pas
assisté à la cérémonie. Les responsables de la prison sont clairs. C’était très peu probable qu’il obtienne une
permission s’il en avait fait la demande. D’ailleurs, il n’a rien
demandé !
« J’ai regardé le début du spectacle » dit Jim Gordon
apparemment sans aucun regret « et quand mon nom a été prononcé, et bien,
je ne l’ai pas entendu… J’étais déjà sorti de la salle de télé. Ce sont les
autres gars qui m’ont dit que j’avais gagné. »
Exceptés son avocat et son manager Jon A. Thomas, les seuls
à l’avoir félicité pour cette récompense sont ses co-détenus. Même Eric Clapton
n’a pas eu un mot pour lui lors de la remise du Grammy. Mais, Jim Gordon n’en
ressent pas trop d’amertume, il sait qu’on l’a oublié depuis longtemps.
On ne peux s’empêcher de ressentir de la pitié pour Jim
Gordon, ce batteur de rock qui a maintenant passé plus de la moitié de sa vie
en prison.
Dans ses moments poignants, il n’a qu’un souhait, revenir
sur scène avec Eric Clapton. Juste pour un concert, pour retrouver l’ambiance
d’une scène, la chaleur des spots et sentir la foule en délire.
Ces dernières années, l'état mental de Jim Gordon, maintenant âgé de 69 ans, semble avoir empiré.. Il pense
maintenant que sa mère est toujours vivante, il refuse de rencontrer son
avocat.
D'après le magazine Rolling Stone, dans un article Patrick Flanary, en avril 2013, une nouvelle demande de libération conditionnelle lui a
été refusée. Grâce à ses droits d’auteur, il pourrait être pris en charge à
l’extérieur. Mais, d’après le procureur, « c’est l’un des cas les plus
tristes que nous avons en prison. Nous avons une personne qui souffre d’une
sérieuse infirmité psychologique et qui est dangereuse quand elle ne prend pas
ses médicaments ».
Le concert avec Eric Clapton attendra…. Le tribunal a décidé
que Jim Gordon ne pourra pas déposer de nouvelle demande de libération
conditionnelle avant 2018.
Sources :
All things Crime : Rock and Roll Hall of Shame: Jim Gordon Killed His Mother Because She Wouldn’t Stop Talking!
Philly.com : The Haunted Talent Behind 'Layla' Jim Gordon Won A Grammy For
Co-writing The Song That Eric Clapton Reprised In The '90s. But Honors
Mean Little. Gordon Is Serving Time For The 1983 Slaying Of His Mother
Rolling Stone : Jailed Drummer Jim Gordon Denied Parole
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