jeudi 20 février 2014

Panthéonisations résistantes... On l'a échappé belle !

Ce seront donc les cendres de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay qui seront transférées au Panthéon, comme en a décidé le Président de la République.

Pourtant, Caroline de Haas, apparatchik du Parti Socialiste et membre du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem jusqu'en 2013 avait proposé une autre candidate. Le 2 septembre 2013 au petit matin, cette titulaire d'une licence d'histoire (ça me rappelle quelqu'un) a proposé la candidature de la Résistante (sic) Violette Morris. Sur Europe1, Ici vers 11 minutes



Faut être socialiste et féministe pour sortir une telle ineptie !
L'occasion de mettre en ligne une petite biographie de Violette Morris et de rectifier l'erreur d'une propagandiste LGBT du LumpenProletariat intellectuel.



Violette Morris est née le 18 avril 1893, fille du baron Pierre-Jacques Morris et d’Elisabeth Sakakini, elle passe son adolescence dans le couvent de L’Assomption de Huy. Passé ces années, Violette Morris n’aura jamais plus rien d’une bourgeoise convenable.

En août 1914 elle épouse Cyprien Gouraud, dont elle divorcera en 1923. Elle s’engage dans le groupe d’estafettes motocyclistes de la Croix-Rouge et en février 1915, elle est ambulancière sur le front de la Somme. En mai 1916, alors qu’elle est en poste sur le front de Verdun, elle contracte une pleurésie qui provoque son hospitalisation pendant trois mois.
Dès 1913, Violette Morris est un espoir du sport français. Agée à peine de 15 ans, elle participe au championnat de France de nage en eau libre. C’est la seule concurrente et elle finit 5ème de cette course de 8 kilomètres. Avant ses 17 ans, elle commence la boxe et se confronte à des adversaires masculins. Elle appartient aussi à l’équipe féminine de water-polo de la Libellule. 


Mesurant 1,66 m pour 68 kg , elle est licenciée au Fémina Sport de Paris de 1917 à 1919, puis de l’Olympique de Paris de 1920 à 1926. Grâce à son gabarit, elle excelle dans les lancers (poids, disque, javelot) et les sports de combat (boxe et lutte gréco-romaines), mais elle s’illustrera aussi dans les sports collectifs (water-polo et football), ainsi que le cyclisme et les sports mécaniques (auto et moto). Hors compétition, elle pratiquera aussi l’équitation, le tennis, le tir à l’arc, le plongeon de haut vol et l’haltérophilie. 


Elle est vainqueur du Bol d’Or automobile en 1927 dans la catégorie des voiturettes de tourisme de 1100 cm3 sur une Benjamin. Sa voiture, portant le numéro de chassis 1951 a été vendue plus de 23 000 euros par la maison d’enchères Bonhams en mars 2013, sans certificat du contrôle technique !!! 

Le palmarès sportif de Violette Morris est impressionnant. Elle accumule les titres nationaux et internationaux, ainsi que de nombreux records. « Ce qu’un homme fait, Violette peut le faire » proclame Violette Morris qui fume comme un pompier, s’habille en costume trois-pièces et jure comme un charretier. 
Ses ennuis commencent en 1927. La FFSF (Fédération Française Sportive Féminine) lui refuse le renouvellement de sa licence. C’est une catastrophe pour Violette Morris qui espérait bien être sélectionnée pour les Jeux Olympiques de 1928 à Amsterdam, les premiers ouverts aux femmes.

La fédération lui reproche ses manières, des dérapages violents et « son déplorable exemple » pour les jeunes filles qu’elle encadre en tant qu’entraîneuse. Sa liaison avec l’athlète Raoul Poli (rugby, lancer du poids et du disque, lutte gréco-romaine, on était polyvalent à cette époque) ne pose pas de problème, mais Violette Morris s’affiche aussi ouvertement lesbienne.
En 1929, cette femme opulente fait réaliser une mastectomie bilatérale (ablation des 2 seins) par le Dr Cazalis à La Garenne-Colombes, sous prétexte qu’elle sera plus confortablement installée dans les cockpits de ses bolides.
L’Humanité (quotidien qui n’a jamais brillé pour la pertinence de ses analyses,, même du temps où il avait encore quelques lecteurs) écrit : la championne « subit l’ablation des seins pour mieux incarner le genre masculin qui la caractérise »
Violette Morris attaque la fédération en justice et, en 1930, ce sera le « Procès du pantalon » . Le personnage haut en couleurs de la plaignante et le prétexte du procès annoncent un de ces barnums à grand spectacle dont la presse raffole. Bons mots, grivoiseries, envolées lyriques et comparaisons incongrues seront au programme. Tout cela sera bon, aussi bien pour les prolétaires des caboulots que pour meubler les conversations lors des dîners en ville.

Même la presse étrangère s'en fera l'écho !



« Un pantalon de drap bleu marine, surmonté d'un veston de même, au col et aux manches duquel apparaissait la plus élégamment virile des chemises de soie. Pochette, stylo vert vif, une trace de tabac à ses doigts bagués, un bon sourire sur son visage à cheveux plats : telle était hier, Mme Violette Morris, championne en tous sports et amazone connue qui se fit couper naguère, un sein, non pour tirer à l'arc, mais pour mieux conduire son auto », écrit un journaliste.
Maître Lot qui assure la défense Violette Morris déclinera toutes sortes d’arguments… des plus sérieux aux plus grivois.
« Le pantalon c’est l’avenir de la femme » (Maxime au demeurant bien plus surréalisante que le poncif du poète stalinien Louis Aragon pour qui la femme était l’avenir de l’homme)

« Pourquoi refuser à vos sœurs l’égalité devant le pantalon, vous qui la réclamez devant la guillotine ? »

« (…) ce forfait abominable de porter culotte, comme si, messieurs, toutes les femmes ne portaient pas peu ou point la culotte »

« (…) entre la jupe réduite aux dimensions que vous savez et le pantalon descendant jusqu’au cheville, votre choix est fait. »

Les femmes qui skient en culotte « n’en sont pas ni moins femmes, ni moins gracieuses. »

« ce qui doit être interdit, ce n’est point le port du pantalon en soi, c’est l’usage du travesti dans le but de sa faire passer pour ce que l’on est pas. »  (T'as bien lu Morice ? Se faire passer pour ce que l'on est pas ! L'avocat, il dit que c'est pas bien !)

Pour finir, Maître Lot demande à la Cour que l’on ne puisse pas lire sur un monument « En Mémoire de Violette Morris, championne olympique disqualifiée à vie pour avoir porté un pantalon »

Les avocates de la Fédération ne sont bien entendu pas de cet avis !

Maître Simone Weiler plaide l’intérêt supérieur de la Fédération. Elle risque de perdre des subventions publiques en tolérant le comportement de Violette Morris. (Ah les subventions... Déjà...)

L’autre avocate de la Fédération, la pourtant très féministe et très progressiste Yvonne Netter, assure la défense de la Fédération avec un autre angle :

« Le costume féminin est absolument souple et convenable à toutes les manifestations diverses de l’activité de la femme du vingtième siècle »

Puis elle rappelle que « Les femmes n’ont pas le droit de porter culotte dans la rue. Les lois sont les mêmes pour tout le monde (…) L’ordonnance existe ».

En effet l’ordonnance existe, même si l’avocat de Violette Morris produit une lettre du préfet de Police qui indique que l’on ne poursuit plus les femmes pour ce motif.

C’est l'ordonnance du préfet de police Dubois n°22 du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800), intitulée 'ordonnance concernant le travestissement des femmes'. Il faudra attendre le 31 janvier 2013 pour que le Ministère du Droit des Femmes fasse publier au Journal Officiel que cette ordonnance est « incompatible avec les principes d'égalité entre les femmes et les hommes qui sont inscrits dans la Constitution et les engagements européens de la France (...) De cette incompatibilité découle l'abrogation implicite de l'ordonnance du 7 novembre qui est donc dépourvue de tout effet juridique et ne constitue qu'une pièce d'archives, conservée comme telle par la Préfecture de police de Paris»
De son côté la presse s’amuse… L’hebdomadaire L’Illustration ironise sur la paradoxe de voir un avocat en robe et sa cliente en pantalon et conclut que « si la femme veut être l’égale de l’homme, elle n’entend pas pousser cette égalité jusqu’à la conquête du faux-col et des bretelles. »

Au final le Tribunal déboute Violette Morris. Le tribunal estime ne pas avoir à se prononcer sur le refus de la licence, qui dépend du règlement de la fédération et conclut : « Nous n’avons pas à nous occuper de la façon dont se vêt à la ville et dans ses autres occupations Mme Violette Morris, mais nous estimons que le fait de porter un pantalon n’étant pas d’un usage admis pour les femmes, la FFS avait parfaitement le droit de l’interdire. En conséquence, le tribunal déboute Mme Violette Morris et la condamne aux dépens ».

Du côté de Violette Morris c’est la consternation. Dans une interview donnée juste après le procès et censurée, « la Morris » se défend dans le langage qui lui est justement reproché : grossier, délateur, obscène, révélant les frasques des « salopes » et autres « pétasses » de la Fédération.

« Et on vient dire, la bouche en cul de poule : mais elle s’habille en homme, mais elle boxe un connard d’officiel qui arbitre à tort et à travers, mais elle se balade à poil dans les vestiaires, comme si ce n’était pas justement réservé à ça, mais elle ‘dévergonde’ nos filles ! Tout ça parce qu’un jour j’ai roulé un patin à une môme qui me collait au train ! Elle se disait amoureuse de moi, ça arrive, figure-toi, ces choses-là. Mais je n’ai jamais débauché personne de force. »

Violette Morris sait que sa carrière sportive est finie. D’ailleurs, à 37 ans elle n’y a plus grand avenir. Elle va pouvoir se consacrer à d’autres activités. 



Elle commence par ouvrir un commerce de pièces détachées pour automobiles. Elle refera parler d’elle en 1937. Le lendemain de Noël, sur la péniche qui lui sert de domicile. Elle tue un légionnaire de plusieurs coups de feu.

La presse flaire un bon coup. Sous le titre « Drame sur la péniche. Violette Morris abat un légionnaire » , le journaliste de Détective écrit « Violette Morris qui défraya si souvent la chronique par ses excentricités, vient d’en commettre une de plus (…) : elle a tué un homme »

L’Humanité ne s’embarrasse pas de précautions de langage et reprend sa thématique de 1930 (une autre constante de ce quotidien aujourd’hui sans idéologie et sans lecteurs, on ne change pas dans l’erreur) et titre « L’excentrique et mâle Violette Morris meurtrière d’un légionnaire ». Manque de chance pour le quotidien stalinien, elle bénéficiera d’un non-lieu pour légitime défense. Elle a abattu un maître chanteur !
En 1939, Violette Morris qui vit avec sa maîtresse Yvonne de Bray (La mère dans les Parents Terribles que Christian Gury décrit comme « une extraordinaire autant que très alcoolique comédienne au physique de bouledogue ») accueille sur sa péniche Jean Cocteau. Le poète profite de ce havre pour écrire les Monstres sacrés. C’est aussi Violette Morris qui conduira Jean Cocteau sur la ligne de front pour lui permettre de rejoindre Jean Marais. 

(Yvonne de Bray dans les Parents Terribles)

Voilà effectivement une biographie qui pourrait permettre à Violette Morris de faire une entrée remarquée au Panthéon. Sportive, lesbienne persécutée, amie des artistes homosexuels, excentrique.
Certes… Mais Violette Morris n’était pas que cela.
Suite à son procès de 1930, elle déclare : « Nous vivons dans un pays pourri par le fric et les scandales (…) gouverné par des phraseurs, des magouilleurs et des trouillards. Ce pays de petites gens n’est pas digne de ses aînés, pas digne de survivre. Un jour, sa décadence l’amènera au rang d’esclave, mais moi, si je suis toujours là, je ne ferai pas partie des esclaves. Crois-moi, ce n’est pas dans mon tempérament ». 


En 1934, lors d’un séjour en Allemagne, Violette Morris noue ses premiers liens avec les nazis. En 1936, elle est invitée au Jeux Olympiques de Berlin. Ses relations dans les milieux sportifs, artistiques, intellectuels et interlopes en font un agent de choix.  Les services français ne s’intéressent pas à elle, contrairement aux anglais qui placent, en juin 1939, Yolande Faure dans son entourage. 

Violette Morris (à droite) avec l'une de ses conquêtes

Après la débâcle de 1940, Violette Morris revient à Paris et reprend contact avec le Milieu qu’elle fréquente depuis plusieurs années. Henri Chamberlain, le Lafont de la Gestapo française sera l’un de ses premiers contacts. Elle fait aussi équipe avec Paulo le Balèze, spécialisé dans le marché noir à grande échelle.
En février 1942, elle passe de l’hôtel Lutecia (siège du Renseignement allemand) à la rue des Saussaies (siège de la Gestapo). On lui confie rapidement la responsabilité de l’Ouest. On la revoit aussi rue Lauriston (siège de la Gestapo française) en compagnie de Lafont. C’est l’époque où plusieurs mouvements clandestins de la Résistance sont infiltrés. 


Les services secrets alliés considèrent que Violette Morris est mêlée de près ou de loin dans la destruction de 7 groupes BOA (Bureaux des opérations aériennes des MUR), de 4 réseaux SOE (Special Opérations Executive), infiltration du l’OCM (Organisation civile et militaire), infiltration des réseaux Vengeance et Turma, Libération-Nord, etc.

Les Anglais font abattre plus de 50 indicateurs de la Gestapo en Normandie, mais Violette Morris échappe aux représailles.  Début avril 1944, ce sont les services gaullistes qui demandent à la Résistance d’éliminer, en urgence, Violette Morris. Ce sera chose faite le 26 avril 1944 par un commando du maquis normand Surcouf, sous la direction de Robert Leblanc.

Les Fifis ne font pas dans le détail, c’est une véritable mesrinisation avant la lettre. La traction-avant conduite par Violette Morris est copieusement mitraillée. Les passagers, un couple de collaborateurs (les époux Bailleul), leurs 2 enfants et leur gendre sont tous abattus… Et bien entendu la cible principale, Violette Morris n’échappe pas à la vengeance du Maquis.

C’est la fin de Violette Morris et le début de sa légende.  Auguste Le Breton la surnomme la Hyène de la Gestap, Raymond Ruffin lui consacre 2 ouvrages où il la décrit comme une lesbienne sadique qui torturait les résistants.
Marie-Josèphe Bonnet dans une biographie plus récente conteste cette thèse qui ne serait que « Le deuxième temps de la légende noire (…) la construction de l’image de la tortionnaire nazie, forcément coupable du fait qu’elle s’habille en homme et s’est fait couper les seins. (…) dans un contexte de désordre social, en période de guerre, une fascination pour une femme hors norme se transforme en haine meurtrière, et comment l’image de l’agent de la gestapo en fait un bouc émissaire idéal au moment de la Libération.
La violence symbolique infligée à la domination masculine (s’habiller en homme et vivre aussi libre qu’un homme), devient une violence fantasmée de tortionnaire méritant la mort, acceptée par tous. »

Militante de la cause homosexuelle au point d’en faire une icône pour le lobby LGBT, sûrement pas…. Pas plus qu’elle n’a rejoint la Collaboration, voire la Gestapo par idéologie.

Violette Morris, bien plus qu’une excentrique aura été toute sa vie une marginale. 



Sources :

Christine BARD. Histoire politique du pantalon.

Dominique LORMIER : La Gestapo et les Français

Encore un article qui va faire tourner le compteur comme un ventilateur !
Morice, qui ne l'a pas lu, en assure la promotion bénévole sur Agoravox...
J'espère qu'il ne va me facturer ses prestations...

J'ai donc été contraint de le gratifier de ce commentaire :

Bonsoir Morice et la Momodération réunies !
Quoi que j’apprécie beaucoup vos efforts visant à me faire connaître du plus grand nombre de vos clients (Grâce à votre intervention, on me connaît et on m’apprécie même à Mountain View),
je m’étonne que vous le fassiez en mettant un lien qui n’a aucun rapport avec les Baie des Cochons.

N’auriez-vous pas lu entièrement l’article que vous donnez en lien ?
Il est pourtant édifiant !

Sur ce, je vous remercie et vous souhaite tout ce que vous savez...
Lavigue


(Violette Morris en 1920)

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